Histoire de transition
Tous les matins, je partais au travail avec l'impression d'enfiler un costume, au sens propre comme au figuré. Je jouais un personnage. C'était pas moi.
Épisode du podcast Quitopia Stories · à venir prochainement
Sur le papier, tout allait bien. Ingénieur dans un bureau d’études du bâtiment à Paris, CDI, un patron correct, une petite équipe, un premier appartement, une première voiture. Tout ce qu’on imagine quand on commence la vie active. Et pourtant, très vite, un décalage. La veille au soir, Sam pouvait être sur scène avec son groupe de musique ; le lendemain matin, en réunion, en costume, face à des clients avec qui il n’avait rien en commun. Le malaise n’a pas explosé d’un coup, il a grandi, mois après mois, jusqu’à déborder sur le reste : moins d’envie de voir ses amis, des tensions dans son couple, la sensation d’être coincé.
Le déclencheur n’a pas été une révélation. C’est un ami proche qui annonce qu’il quitte son boulot pour voyager. Une petite flamme. Sam a toujours aimé partir, mais jamais plus de deux ou trois semaines, toujours ce sentiment de frustration au moment de rentrer. L’idée de tout quitter faisait peur : une carrière qui démarrait bien, un avenir sécurisé, et le risque de tout envoyer balader pour une envie qui paraissait un peu folle. Puis, après une grosse dispute, sa compagne de l’époque lui lance la phrase qu’il n’oubliera pas : « barre-toi, parce que si tu continues comme ça, tu vas droit dans le mur. » Elle avait raison. Il a demandé une rupture conventionnelle, rendu la coloc, vendu la voiture, et quelques mois plus tard il atterrissait en Colombie sans parler un mot d’espagnol.
Là, tout s’est mis en place plus naturellement que prévu. Des volontariats, des gens qui vivaient autrement : plus simplement, plus près de la nature. Pour la première fois, le sentiment que quelque chose se remettait à sa place. Ensuite la Nouvelle-Zélande, un an, un van aménagé à la main, des petits boulots dans la construction et les fermes, et beaucoup de temps seul pour réfléchir. Puis un crochet par l’Asie, et les Philippines, où il rejoint un projet bénévole d’enseignement de la musique à des enfants d’un village. Coup de cœur. Deux mois qui devaient en durer quelques semaines.
C’est en y retournant, après les fêtes, que sa vie bascule pour de bon : il rencontre celle qui est aujourd’hui sa compagne, et le Covid arrive juste après. Rester ou rentrer. Il reste. Ensemble, ils construisent une cabane sur une minuscule île au milieu d’une rivière, sur un terrain de la famille : tout à la main, le pont en bambou, les plans, les matériaux, un budget serré et beaucoup d’incertitude sur ce que serait la suite. L’idée de la louer pour vivre sur place a fait le reste. Quelques années plus tard : trois cabanes, une activité qui permet de vivre simplement, et une petite fille qui grandit là. C’est de ce parcours (et du constat qu’il était loin d’être le seul à se sentir coincé) qu’est née l’idée de Quitopia.
Sam raconte plus en détail le « pourquoi » de Quitopia sur la page À propos.